Combien de fonds propres faut-il pour acheter une maison en Suisse ?

published on 22 October 2025

L'achat d'un bien immobilier en Suisse représente un investissement majeur qui nécessite une préparation financière solide. L'une des questions les plus posées par les futurs propriétaires concerne le montant de fonds propres à réunir — et la réponse ne se limite pas à un pourcentage unique : elle dépend des sources mobilisées et, dans une mesure sous-estimée, de l'établissement prêteur choisi.

Les exigences minimales en Suisse

Le principe de base : vous devez disposer d'au moins 20% du prix d'achat en fonds propres. Ces 20% se décomposent en deux catégories :

  • 10% minimum en fonds propres durs : épargne, titres, avoirs du pilier 3a, donations
  • 10% supplémentaires : peuvent provenir de votre caisse de pension (2e pilier), par retrait ou nantissement

Exemple concret

Pour l'achat d'un bien à CHF 800'000 :

  • Fonds propres nécessaires : CHF 160'000 (20%)
  • Dont au minimum CHF 80'000 en fonds propres durs
  • Financement hypothécaire : CHF 640'000 (80%)

Ce que la plupart des guides ne disent pas : ce seuil de 20% est une norme de marché, pas une loi. La FINMA n'impose pas de pourcentage précis — elle encourage les prêteurs à s'assurer que l'emprunteur dispose de fonds propres suffisants pour garantir la stabilité de l'opération. En pratique, les 20% font consensus, mais les exigences précises sur la nature des fonds acceptés (donation, prêt familial, nantissement, valeurs mobilières) varient sensiblement d'un établissement à l'autre. C'est là que la comparaison entre plusieurs banques ou courtiers change concrètement le montant de fonds propres réellement exigé de vous.

Le 2e pilier : retrait ou nantissement ?

Le 2e pilier peut couvrir la part "molle" de vos fonds propres (jusqu'à 10%), selon deux mécanismes aux conséquences très différentes :

  • Le retrait anticipé : les fonds sortent définitivement de la caisse de pension. Votre rente future diminue, votre couverture invalidité et décès peut être réduite, et après 50 ans le montant retirable est calculé différemment. Un remboursement volontaire reste possible tant que le bien n'est pas revendu.
  • Le nantissement (mise en gage) : les avoirs restent dans la caisse de pension et continuent de produire un rendement et une couverture de prévoyance ; ils servent uniquement de garantie complémentaire à la banque. C'est l'option la plus souvent recommandée en priorité, car elle préserve intégralement votre prévoyance — à condition que la charge théorique du bien (Tragbarkeit) reste suffisamment couverte sans ce nantissement.

Le choix entre les deux a un impact direct sur votre capacité d'emprunt et sur votre fiscalité : le retrait est imposé séparément au moment du versement, tandis que le nantissement n'a aucune conséquence fiscale immédiate.

Le 3e pilier : un levier trop souvent sous-exploité

Le pilier 3a est un pilier de prévoyance facultatif — contrairement au 2e pilier, obligatoire. Cette distinction a une conséquence directe et souvent ignorée : les avoirs 3a retirés par anticipation pour l'achat d'une résidence principale comptent intégralement dans les 10% de fonds propres durs, et non dans le quota "molle" plafonné à 10% comme le 2e pilier.

Concrètement, un 3a alimenté depuis plusieurs années peut représenter une part significative — parfois la totalité — de vos fonds propres durs, sans avoir à solliciter de donation ou d'épargne bancaire classique. C'est aussi un arbitrage à anticiper en amont de l'achat : un 3a laissé en place plutôt que retiré peut ensuite servir à l'amortissement indirect une fois le bien acquis, avec des avantages fiscaux récurrents sur la durée du prêt. La décision retrait immédiat vs conservation dépend du montant déjà disponible ailleurs et de l'horizon avant l'achat.

Sources de fonds propres acceptées — vue d'ensemble

Source Catégorie Remarque
Épargne, titres, placements Fonds propres durs Aucune restriction d'usage
Pilier 3a Fonds propres durs Retrait anticipé pour résidence principale
Donation, avancement d'hoirie Fonds propres durs Doit être documenté (attestation)
Prêt familial Fonds propres durs, sous conditions Risque de requalification en dette selon structuration
2e pilier (retrait) Fonds propres « molle », max. 10% Réduit la rente et la couverture de prévoyance
2e pilier (nantissement) Fonds propres « molle », max. 10% Préserve la prévoyance, sert de garantie

Cas particulier : la résidence secondaire

Les exigences sont plus strictes pour l'achat d'une résidence secondaire : les fonds propres requis s'élèvent généralement à 30% du prix d'achat, et l'utilisation des fonds du 2e pilier n'est pas autorisée. Pour en savoir plus, consultez notre guide complet sur le financement d'une résidence secondaire en Suisse.

Les frais annexes à prévoir

Au-delà des fonds propres pour l'achat lui-même, budgétisez les frais supplémentaires :

Frais d'acquisition (5-7% du prix d'achat)

  • Droits de mutation : variables selon les cantons (0,5% à 3,5%)
  • Frais de notaire : environ 1% à 2%
  • Inscription au registre foncier : 0,1% à 0,3%

Exemple pour un bien à CHF 800'000

  • Fonds propres : CHF 160'000
  • Frais d'acquisition : CHF 40'000 à 56'000
  • Total à prévoir : CHF 200'000 à 216'000

Ce qui change avec la réforme de la valeur locative

La votation de septembre 2025 sur la suppression de la valeur locative introduit un changement spécifique aux primo-accédants : une exception dégressive sur 10 ans, prévue pour l'entrée en vigueur au plus tôt en 2028. Concrètement, ce dispositif transitoire allège la charge fiscale des acheteurs achetant leur premier bien pendant la période qui suit l'entrée en vigueur — un paramètre qui vaut la peine d'être intégré dès aujourd'hui dans une stratégie de constitution d'apport, même si les contours précis restent à préciser par voie d'ordonnance.

La capacité financière : un critère tout aussi important

Avoir les fonds propres nécessaires ne suffit pas : les banques vérifient aussi votre capacité financière (Tragbarkeit), c'est-à-dire votre aptitude à supporter les charges liées au logement dans la durée — en général, ces charges ne doivent pas dépasser un tiers de votre revenu brut, calculées sur un taux hypothécaire théorique de 5%, un amortissement d'environ 1% par an et des frais d'entretien de 1% de la valeur du bien.

Pourquoi comparer plusieurs établissements change la donne

Les 20% font consensus, mais deux banques peuvent différer sensiblement sur : l'acceptation ou non des prêts familiaux comme fonds propres durs, la flexibilité sur le nantissement vs. retrait du 2e pilier, ou encore la prise en compte de titres et placements. Passer par un courtier indépendant permet de comparer ces politiques établissement par établissement plutôt que de partir du principe qu'elles sont toutes identiques — une différence qui peut représenter des dizaines de milliers de francs de marge de manœuvre selon votre situation.

Questions fréquentes

De combien de fonds propres ai-je besoin pour un achat immobilier en Suisse ? 20% de la valeur du bien au minimum, dont au moins 10% de fonds propres durs (hors 2e pilier).

Le pilier 3a compte-t-il comme fonds propres durs ? Oui — contrairement au 2e pilier, le 3a est un pilier facultatif et ses avoirs retirés comptent intégralement dans les 10% de fonds propres durs exigés.

Vaut-il mieux retirer ou nantir son 2e pilier pour un achat immobilier ? Le nantissement préserve votre rente et votre couverture de prévoyance en laissant les fonds en place ; le retrait sort les fonds définitivement et réduit vos prestations futures. Le nantissement est souvent préférable si votre Tragbarkeit le permet.

Calculez votre capacité d'emprunt

Vous vous demandez combien vous pouvez emprunter avec vos fonds propres actuels ? Notre calculatrice hypothécaire vous donne une estimation rapide et personnalisée de votre capacité de financement, incluant votre capacité d'emprunt maximale, vos mensualités estimées et les fonds propres nécessaires.

Conclusion

L'achat d'un bien immobilier en Suisse nécessite une préparation financière rigoureuse. Les 20% de fonds propres minimum (30% pour une résidence secondaire) constituent une base incontournable — mais la façon dont vous combinez épargne, 2e pilier, 3e pilier et soutien familial, et l'établissement auprès duquel vous financez, peuvent faire une différence significative sur le montant réellement exigé de vous. Pour aller plus loin sur la structuration précise du 2e pilier, consultez notre article dédié au retrait et au nantissement LPP, et pour la stratégie 3e pilier, notre guide complet sur le pilier 3a.

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